Dispatches...


Stories from the CFL at the top of the world...

Chronique d’un (pas si) vieux chercheur...

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De retour dans l’Arctique! Cette mission CFL sera ma 14e expédition arctique totalisant 484 jours sur le terrain. J’ai débuté ma carrière à l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada sur la glace de la baie d’Hudson. Je travaillais sur l’épanchement des panaches d’eau douce sous la glace. A cette époque, les instruments et les techniques étaient moins sophistiqués mais à la base, nous dépendions de la même approche, creuser des trous au travers de la glace pour accéder à la précieuse information du monde sous-marin. Mon travail consistait à sauter dans un hélicoptère, arrêter à des stations sélectionnées, creuser un trou dans la glace avec une tarière et mesurer la température et la salinité jusqu’au fond. Depuis, j’ai développé une expertise en télédétection qui m’a amené à travailler sur la dérive des floes de glace pour mesurer la circulation de surface, mesurer la distribution des crêtes de pression à l’aide d’images radar et déterminer les facteurs contribuant à la consolidation de la banquise fixe dans la baie d’Hudson.

Mon odyssée arctique a ralenti un peu à la fin des années 80 et au début des années 90 à cause d’un manque de financement et d’intérêt pour le Nord jusqu’à ce que de grands projets multidisciplinaires voient le jour afin d’étudier les impacts des changements climatiques dans l’Arctique. Ceci m’a amené à travailler dans le cadre du projet NOW pour étudier le nord de la baie de Baffin et la polynie des Eaux du Nord, du projet CASES pour l’étude de la polynie du Cap Bathurst et des effets du fleuve Mackenzie sur le plateau de la mer de Beaufort et présentement sur le projet CFL pour étudier la floraison printannière du phytoplancton dans les chenaux de séparation.

Depuis le projet NOW, mon travail porte principalement sur la télédétection du phytoplancton, ces microscopiques cellules qui forment le premier maillon de la chaîne alimentaire marine. Utilisant des équipements sophistiqués, je mesure les interactions de la lumière avec les particules en suspension (incluant le phytoplancton) et la matière dissoute. Ces travaux vont permettre de valider et modifier les algorithmes utilisés pour mesurer la biomasse du phytoplancton à partir de l’espace et relier sa distribution à l’environnement physique. Bien entendu, je ne travaille pas seul sur ce projet. J’ai la chance de superviser de jeunes chercheurs qui sont au début de leur carrière.

Qu’est-ce que je retiens de toutes ces années de travail dans le Nord? La joie incroyable de marcher sur l’océan gelé, la capacité de répondre aux défis d’un environnement hostile et les paysages fantastiques. Mais, plus important et très au-dessus des autres, les nombreuses amitiés développées au travers des années. Je chérirai toujours les relations personnelles que j’ai entretenu durant les multiples missions alors que j’y rencontrais des gens merveilleux.

Est-ce que j’ai encore des rêves? Bien entendu. Le pôle Nord est toujours sur la liste des endroits où aller et j’aimerais goûter à l’autre environnement polaire de la Terre, l’Antarctique. Il me reste encore quelques années pour réaliser ces rêves.

Alors attention vous jeunes chercheurs à bord de l’Amundsen. Le Nord crée une dépendance. Lorsque vous lui avez goûté, vous ne saurez pas où votre propre odyssée va vous amener mais vous pouvez être certain qu’il vous changera pour toujours.
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